Mélotronie-15
Kraftwerk – « Minimum-Maximum »

Ecrit par Frédéric Gerchambeau

 

 

Lundi 6 juin 2005. Aujourd'hui est enfin paru "Minimum-Maximum", le tout premier album live de Kraftwerk, souvenir digitalisé de leur récente tournée aussi mondiale que triomphale. Il aura donc fallu 35 ans au Kling Klang Men-Machines Quatuor from Düsseldorf pour sortir un début de témoignage scénique officiel. On commençait à ne plus y croire. Mais les habitués du groupe savent de toute façon à quel point Kraftwerk, et Ralf Hütter en tête de liste, gère le temps d'une manière lente et indépendante.

Beaucoup, après la parution d' "Electric Café", en 1986, avaient trouvé que Kraftwerk était un groupe finissant sinon cérébralement mort. Puis l'enterrement fut reporté de 5 ans suite à la sortie de "The Mix". Un dernier sursaut désespéré d'un groupe déjà plongé dans un coma profond disait-on alors en ricanant, un dernier salut auto-plagié du groupe avant ses funérailles, la mise au tombeau et l'oubli. Toutefois, ceux qui parlaient ainsi de Kraftwerk ne connaissaient visiblement rien à cette formation.

Oh, c'est vrai, on aurait pu alors les croire, et facilement. Wolfgang Flur avait quitté le groupe, Karl Bartos avait fait de même un peu plus tard. Oui, c'était alors aisé de dire que Kraftwerk était un groupe prenant l'eau de toutes parts. Oui, c'était alors une "évidence" que Ralf Hütter était un tyran, certes génial, mais fou, menant, à force de maniaqueries et d'autisme, son groupe à sa perte, aidé en cela par Florian Schneider, finalement pas moins coupable que lui d'enfermement mental et de rigidité comportemental.

Oui, mais voilà, nous sommes maintenant en 2005 et Kraftwerk est toujours là et bien là. Alors, où était donc l'erreur des fossoyeurs trop pressés et trop zélés de la Centrale Electrique ?

Ils avaient juste oublié que Ralf Hütter et Florian Schneider s'occupent tout autant du passé et du présent que de l'avenir. Et l'avenir, c'est justement une des grandes spécialités de Kraftwerk. Ces gens-là voient loin, très loin. Les années ne leur font pas peur. Ils ont une claire vision de ce que doit être Kraftwerk à chacune de ses étapes et les changements à effectuer pour cela. Et peu importe le temps, l'essentiel est de mener chaque phase à son terme avant d'entreprendre la suivante. Et c'est exactement ce que Kraftwerk a accompli entre "Electric Café" et "The Mix". Il a pris acte du passage de l'ère de l'analogique à celle du digital et s'est modernisé, pour les mêmes raisons et de la même manière qu'une entreprise. Ce fut long, pénible et ingrat, mais Kraftwerk devait le faire, alors il l'a fait. Et tant pis si Flur et Bartos n'ont pas été solidaire de la démarche, c'était obligatoire, une question de vie ou de mort pour le groupe.

Et à présent qu'avons-nous ? Nous avons tout simplement un Kraftwerk plus à l'avant-garde et plus rayonnant que jamais. Le groupe, tel un immortel Phénix, est revenu des profondeurs d'un long silence forcé pour renaître dès 2000 avec "Expo2000", puis, en 2002, entamer une première série de concerts, puis se lancer en 2004 dans une tournée mondiale.

Aujourd'hui, la victoire du groupe est totale avec ce premier live. On ne peut plus les enterrer. On ne peut que les admirer quand bien même on aimerait pas leur musique. Car après 35 ans d'existence, et ce live est là pour le prouver très clairement, non seulement Kraftwerk n'est pas un groupe de musiciens décrépis et usés, mais c'est même le groupe qui a le concept le plus moderne du monde et l'installation scénique la plus technologiquement avancée de toute l'histoire de la musique planétaire. Sans compter que ce live est une véritable gifle sonore...

 

Voici la tracklist complète de ce double album comprenant 22 morceaux enregistrés dans une douzaine de salles réparties entre l'Europe, le Japon et les Etats-Unis :

CD 1 :
01.
The Man-Machine - ( Warszawa Sala Kongresowa )
02. Planet Of Visions - ( Ljubljana Krizanke )
03.
Tour De France Etape 1 - ( Riga Olimpiska Hall )
04. Chrono - ( Riga Olimpiska Hall )
05. Tour De France Etape 2  ( Riga Olimpiska Hall )
06. Vitamin - ( Moskwa Lushniki )
07. Tour De France - ( Paris Le Grand Rex )
08. Autobahn - ( Berlin Tempodrom )
09.
The Model - ( London Brixton Academy )
10. Neon Lights - ( London Royal Festival Hall )

CD 2 :
01. Radioactivity - ( Warszawa Sala Kongresowa )
02. Trans Europe Express - ( Budapest Sportarena )
03. Metal On Metal - ( Budapest Sportarena )
04. Numbers - ( San Francisco the Warfield )
05. Computer World - ( Moskwa Lushniki )
06. Home Computer - ( Warszawa Sala Kongresowa )
07. Pocket Calculator - ( Moskwa Lushniki )
08. Dentaku - ( Tokyo Shibuya Ax )
09. The Robots - ( Moskwa Lushniki )
10. Elektro Kardiogramm - ( Tallinn Exhibition Hall )
11. Aerodynamik - ( Riga Olimpiska Halle )
12.
Music Non Stop - ( Moskwa Lushniki )

 

Ce qui frappe d'abord à l'écoute de ce live est l'extrême qualité du son. Ç'en est à un tel point que les applaudissements en deviennent pratiquement gênants, le comble pour un enregistrement en public ! Je n'exagère rien. Il suffit d'écouter. La définition des fréquences est parfaite, la dynamique ultime et la stéréo saisissante. Il y a juste ce public qui parfois perturbe un peu l'écoute par ses applaudissements intempestifs. Navrant ! J'ai l'air de plaisanter, mais c'est pourtant la stricte vérité. Sans le public, ce live serait d'une effrayante perfection. Rassurez-vous cependant, avec le public, il n'en reste pas moins effarant !

Car les tous les morceaux présents sur ce live ont tout simplement été portés à leur plus haut degré d'achèvement. Encore une fois, et au risque de me répéter, Kraftwerk est un groupe ultra-vivant et hyper-concentré sur la qualité de ses productions, surtout quand il les interprète en concert. Et le mieux de l'affaire est que cette qualité top niveau est obtenue de manière enjouée et décontractée. Pas la trace de la moindre crispation dans le jeu des musiciens ni dans la voix de Ralf Hütter. Kraftwerk joue, dans le vrai sens du terme. Les hommes-machines s'amusent, pour le plus grand plaisir du public, et du nôtre à l'écoute de ce live. Pourtant l'enjeu était énorme. Beaucoup attendaient Kraftwerk au tournant, prêts à d'assassiner de leurs mots le groupe au moindre faux-pas de celui-ci. Mais c'est l'inverse qui a eu lieu. Ce sont les vilipendeurs trop âpres au dénigrement qui sont à présent sous terre. Et pour longtemps. Car kraftwerk ne semble pas vouloir s'arrêter en si bon chemin. Un DVD est déjà annoncé pour bientôt et le groupe se prépare à une nouvelle tournée à travers le monde.

En fait, et à y réfléchir, ce live est moins la résultante directe de la dernière tournée mondiale de Kraftwerk que le résultat lointain de "The Mix". C'est là que tout s'est joué. En effet, si l'on s'en souvient bien, "The Mix" était déjà un live, mais un live sans public, juste les joueurs de studio du Kling Klang Klub interprétant pour eux-mêmes un réarrangement sur-digitalisé d'une sélection de leurs meilleurs morceaux. Autrement dit, Krafwerk savait déjà, dès 1991, que la prochaine étape serait de présenter "The Mix" sur de vraies scènes et d'en ravir le public. C'est ce qui fut fait, et de façon grandiose, durant leur dernière tournée planétaire et "Minimum-Maximum" n'en est que la conséquence obligée et depuis toujours désirée. N'y a-t-il d'ailleurs pas un air de ressemblance entre MIX et MInimum-maXimum ? C'est peut-être un peu tiré par les cheveux me dira-t-on. Mais sur le fond, la chose n'en est pas moins certaine.



© Frédéric Gerchambeau
Cliquez ici pour lire : Mélotronie-16
Pour m'écrire : Frédéric Gerchambeau
Pour retourner à la page centrale : --- Mélotronies ---