Mélotronie-16
Robert Moog est mort

Ecrit par Frédéric Gerchambeau

 

 

Robert Moog est mort.
Il s'est éteint à l'âge de 71 ans le dimanche 21 août 2005 dans sa maison d’Asheville, en Caroline de Nord.
C'était une légende vivante. Et même mort, cela le restera, car ses instruments continueront pour toujours à chanter son nom et son génie.
En effet, on lui attribue, rien de moins, l'invention du synthétiseur.
Disons, et c'est déjà tout à fait considérable, qu'il a créé des instruments qui formèrent une étape capitale dans l'histoire des synthétiseurs, de la musique électronique, et même de la musique tout court.
Car, rétablissons les faits, les synthétiseurs existaient avant que Robert Moog ne crée les siens. Ils s'appelaient alors spherophone, ondes martenot, trautonium ou encore électrochord. C'étaient certes des instruments très différents des synthétiseurs Moog tels qu'on les connu après, mais il n'empêche que ceux-ci utilisaient déjà des oscillateurs électroniques comme source sonore de base.

Et même quand Robert inventa ses premiers synthétiseurs, il avait déjà un très sérieux concurrent en la personne de Donald Buchla. Ce nom ne vous dit peut-être rien, car il est bien moins connu que celui de Robert Moog. Alors sachez, et je ne pense pas exagérer du tout en disant cela, que les synthétiseurs Buchla sont juste ce qu'on fait de mieux au monde en la matière. Ceci dit, quand on voit la photo d'un synthétiseur Buchla, on comprend tout de suite pourquoi cette marque est moins connue du grand public : ils ne s'adressent qu'à des musiciens experts dans le domaine.

Or, c'est précisément là qu'est intervenu Robert Moog avec ses synthétiseurs.

Oh, cela ne s'est pas fait en un jour. Voyez les premiers synthétiseurs modulaires Moog, ça intimide déjà. Et ce n'est rien par rapport au Moog 55 lancé en 1974, le fameux "gros Moog".

Toutefois, même complexes, ces impressionnantes usines à sons, étaient déjà plus abordables pour un musicien "normal" que les synthétiseurs Buchla, ou aussi que l'ARP 2500 (qui est le gros synthé qu'on voit dans "Rencontres du 3ème type") qui était déjà commercialisé dès 1970. Certes, d'accord, il fallait savoir relier avec art et maîtrise les différents modules entre eux et les paramétrer avec science et musicalité. Mais on s'en sortait, tel Keith Emerson, Klaus Schulze et Tangerine Dream qui n'ont pas hésité à les manipuler sur scène lors de concerts grandioses.

Mais l'étape essentielle des instruments créés par Robert Moog reste et restera le Minimoog. Pourquoi ?

Encore qu'il ne fut le pas le premier synthétiseur portable, ce titre revenant à l'EMS VCS3, il fut par contre celui qui fut adopté d'emblée (enfin, presque...) par tous les musiciens du début des années 70 à la recherche d'un son neuf. La raison en fut simple : c'était le premier synthétiseur réellement conçu pour les musiciens de tous les jours (et non plus les adeptes des musiques expérimentales). Etait-ce tout ? Non ! Ce synthé avait (et possède toujours) un son unique en son genre, aussi tranchant, doux que gras selon les cas, bref un son reconnaissable entre tous et qui fit tout de suite sa célébrité.

Il est cependant amusant, si on tient à s'intéresser aux origines du Minimoog, de se rendre compte à quel point celui-ci dérivait au départ de ses grands frères modulaires. Ce n'est qu'au fur et à mesure des modèles qu'on en vint au Minimoog model D, celui que tout le monde connaît.

Suite au Minimoog, Robert Moog créera d'autres synthés extrêmement célèbres dont le Polymoog.

Mais, encore une fois, c'est vraiment le Minimoog qui révolutionna l'univers du synthétiseur. Son architecture fut copié, recopié, et recopié encore par la plupart des synthés grand public qui arrivèrent après lui. De nos jours encore, le Minimoog demeure l'archétype même du synthé aux yeux de la plupart des musiciens. Le seul synthé qui puisse, peut-être, rivaliser avec lui est le Prophet-5. Mais que fut au fond le Prophet-5 ? Un Minimoog polyphonique !

 

 

© Frédéric Gerchambeau
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