Souvenirs...
Souvenirs...(158) Ecrit par Frédéric Gerchambeau
(A
FULA’S CALL – Liingu)
On en connaît tous de ces albums où un musicien en invite un ou
plusieurs autres, comme ça, pour le plaisir et pour l’amitié. C’est
souvent frais et joyeux, plein d’enthousiasme et ça donne généralement
des albums sympas quoique la plupart soient en définitif assez superficiels.
Concernant A FULA’S CALL, le principe est a priori le même, je dis bien a
priori car le résultat audible va largement au-delà de toute espérance.
Pourtant, au départ, l’affaire a l’air plutôt banale. Un musicien
européen, j’ai nommé Mark LOTZ, s’associe avec un musicien
africain, en l’occurrence Omar KA, et ça donne un groupe, A FULA’S
CALL, peut-être très éphémère, et aussi un album, Liingu. Comme je le
disais, rien d’extraordinaire, enfin en apparence. Mais dès qu’on
commence à écouter Liingu, l’histoire devient tout de suite très
différente. D’abord Omar KA chante exactement comme Youssou N’DOUR,
ce qui n’est pas donné à tout le monde. En plus le même Omar KA joue
excellemment de la guitare et d’une sorte de violon africain. Et il y a
également son complice, Mark LOTZ, qui illumine l’album de ses divers
flûtes, passant avec virtuosité et nonchalance d’un style à un autre comme
si la chose était des plus naturelles. Ne serait-ce que ça, on aurait déjà un
opus parfaitement honorable. Mais le duo s’est lui-même entouré
d’Afra MUSSAWISADE, un expert iranien des percussions, et de Raphael
VANOLI, qui n’est rien moins qu’une sorte d’hybride de Robert
Fripp et de Brian Eno, excusez du peu. A ce stade, notre gentille réunion de
musiciens commence à prendre des allures de petit super-groupe. Mais ce
n’est pas fini ! Le quatuor a également invité Sandip BATTACHARYA
aux tablas, Mustapha ZNAIDA au luth et Sebastian POTT au kalimba. Et là, à
sept, ce qui est comme chacun le sait un bon chiffre, ils ont commencé à se
sentir à l’aise pour créer. Imaginez un peu, un morceau et c’est
toute l’Afrique noire qu’on évoque, un autre et c’est le
Maghreb qui s’étale à vos pieds, puis on passe à du jazz avant de partir
pour les Indes puis pour le Brésil. C’est ça Liingu, un voyage
permanent, un rêve sans limite où la voix imite la flûte et où la flûte semble
rire, où les tablas se mélent à une guitare planante et où le luth arabe se met
à jouer du blues. Littéralement assailli par tant de styles musicaux,
frôle-t-on l’indigestion sonore ? Non, au contraire, tout semble couler
de source et tous les morceaux sont superbes voire prenants. Bref, c’est
du talent à l’état pur et à ce niveau il semble disparaître sous un tapis
de modestie alors qu’il éclate à chaque instant. A FULA’S CALL
durera-t-il le temps d’un deuxième album ? On peut en douter même
s’il faut l’espérer. En attendant Liingu, album passionné,
passionnant, nomade, mondial, universel, transporté mais sans passeport exigé,
est une véritable perle discographique.
Site web officiel de A FULA’S CALL :
http://www.lotzofmusic.com/
Site MySpace de A FULA’S CALL :
http://www.myspace.com/afulascall
© Frédéric Gerchambeau
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