Souvenirs... Souvenirs...(40) Ecrit par Frédéric Gerchambeau
(Karl Bartos / Kraftwerk)


Vendredi 3 octobre 2003
Après la sortie en août dernier de "Tour de France Soundtracks", le nouvel album de Kraftwerk, le nouvel opus de Karl Bartos, "Communication", était plutôt attendu. Ne serait-ce, par certains, que pour faire la comparaison entre le dernier effort en date de Kraftwerk, le groupe, et celui de Karl Bartos, en solo.
Le combat était annoncé. On disait que le nouvel album Karl Bartos en solitaire allait remettre les pendules à l'heure et montrer clairement à quel point Kraftwerk était un groupe vieillissant et finissant et à quel point aussi Karl Bartos avait eu raison d'en partir avant qu'il ne soit trop tard pour lui et sa carrière.

J'attendais donc, tranquillement, patiemment.
Et voilà qu'hier, un peu par hasard, j'avais le nouvel album de Karl Bartos, là, juste devant moi.
Mais quand je lus l'accroche publicitaire collée sur la pochette de l'album, je me retint difficilement d'éclater de rire.

En effet, il faut le lire pour le croire.
Je cite exactement l'accroche :
"KARL BARTOS : COMMUNICATION
Le premier album solo du leader de Kraftwerk"

Si !
Autant d'erreurs dans si peu de mots, ça vaut son pesant de cacahuètes !
Et que des énormes !
Vraiment, de la part d'une société aussi prestigieuse que Sony Music, cela étonne franchement.

D'abord cela fait bien 10 ans au moins que Karl Bartos ne fait plus partie de Kraftwerk.
Mais pire que ça, Karl Bartos n'en a jamais été le leader, c'est un fait sûr et garanti. Tous les connaisseurs de Kraftwerk, même les moins avertis, savent parfaitement que la direction du groupe est assurée par l'inséparable duo Ralf Hütter/Florian Schneider.
Et pour finir, ajoutons que "Communication" n'est en rien le premier album solo de Karl Bartos, celui-ci ayant déjà sorti un opus en solitaire sous le nom d'Electric Music après que Lothar Manteuffel ait quitté Elektric Music, le groupe qu'il formait précédemment avec Karl Bartos.

Après avoir acheté et longuement écouté "Communication", et à peine remis de ces 3 bourdes monumentales, je voulus me documenter un peu sur internet à propos de Karl Bartos et de son nouvel album, histoire d'avoir de plus amples informations sur celui-ci et de lire le sentiment général sur ce nouvel opus.

Et quelle ne fut pas ma surprise en lisant sur un site anglophone qu'on qualifiait Karl Bartos de "the brain behind Kraftwerk". Et ceci était repris sur un autre site, francophone celui-là, "Karl Bartos, l'ancien cerveau de Kraftwerk..."
A croire, vraiment, que ceux qui ont écrit ça ne connaissent rien de Kraftwerk !

Et dans un style différent, sur d'autres sites encore, on nous dit, presque sur le ton de la confidence, que Karl Bartos était LE mélodiste Kraftwerk et que sans lui, le groupe avait bien du mal à composer de nouveaux morceaux.
Il n'est qu'à écouter "Autobahn" pour se rendre compte que Kraftwerk, autrement dit le duo Ralf Hütter/Florian Schneider, a très bien su composer des chefs-d'oeuvre sans son aide.
Et il n'est également qu'à écouter "Vitamin", "Elektro-Kardiogramm" et "La Forme" pour juger sur pièces que l'ancien groupe de Karl Bartos a su mettre sur son nouvel album des mélodies impressionnantes.

Bref, à en croire les tenants du Karl Bartos éminence grise de la bande à Kraftwerk et mélodiste unique et secret du groupe, c'était du genre "Attendez les p'tits gars, Karl va faire du dégat ! Vous allez voir ce que vous allez entendre !".
Brrrr ! Les lecteurs de ces inépties devaient déjà en trembler.
Bartos le héros allait mettre à bas un Kraftwerk fatigué et usé. Gasp !

Avant de donner mon avis sur ce K.O. prévu et prédit, qu'on me laisse d'abord donner mon sentiment sur cette guéguerre Karl Bartos/Kraftwerk.
Elle est parfaitement ridicule et stupide.
Si l'on parle de Tangerine Dream, l'autre groupe allemand en matière de musique électronique, on voit que Klaus Schulze a rejoué avec Tangerine Dream après l'avoir quitté, de même pour Steve Jolliffe qui a co-réalisé un des albums du groupe après l'avoir quitté une dizaine d'années plus tôt. Et c'est sans parler de Peter Baumann qui a tout simplement sorti sur son propre label 3 albums de Tangerine Dream après avoir claqué auparavant la porte du groupe avec perte et fracas.
C'est dire que je ne comprends pas ce feu qui s'attise entre Karl Bartos et Kraftwerk. Cela me dépasse. De mon point de vue, tous ces gens, ces très grands musiciens, devraient être les meilleurs amis du monde. Après tout ils ont passé des années ensemble à extraire la substantifique moëlle de la musique électronique. Mais ils n'ont pas amis du tout. Encore une fois, je ne comprends pas. Et je déplore tout ceci.

Alors, Karl Bartos vainqueur et Kraftwerk à terre ?
A écouter "Tour de France Soundtracks" et "Communication", il est en fait clair qu'il n'y a pas de match, pas de compétition et donc ni vainqueur, ni vaincu.
Karl Bartos et Kraftwerk vivent et composent sur des planètes complètement différentes.

Kraftwerk, d'abord, est et reste un groupe strictement et intensément conceptuel. Les mots sont pesés, les mélodies calibrées et le son est sculpté et poli jusqu'au moindre détail. Et "Tour de France Soundtracks" n'échappe à la règle. Mieux, c'est peut-être un des albums conceptualistes parmi les plus conceptualisants du groupe, du Kraftwerk pur et dur.

Karl Bartos, lui, ne s'embarrasse visiblement pas de réelles contraintes. Il a son style musical propre, plutôt musclé, ainsi que sa prose bien à lui, et il vient allègrement de décliner le tout sur le thème de la "Communication".

Il n'y a donc pas de vrai rivalité musicale entre Karl Bartos et Kraftwerk. Chacun joue sa partition dans son propre style et sur ses propres terres. On peut adorer Karl Bartos sans pour autant apprécier Kraftwerk et inversement. On peut également et évidemment trouver plaisir à écouter l'un et l'autre, ce qui est personnellement mon cas...

© Frédéric Gerchambeau
Cliquez ici pour lire : Souvenirs... Souvenirs... (41)
Pour m'écrire : Frédéric Gerchambeau
Pour retourner à la page centrale : --- Il n'est jamais trop d'Art....---