Gabriel Yacoub à Bruxelles – Mardi 15 août 2006

 

 

En ce 15 août 2006, Gabriel Yacoub, était donc à Bruxelles, Place d'Espagne, rebaptisée en parallèle et plus humoristiquement Place Marsupilami, sous le Magic Mirrors installé dans ce vaste lieu situé non lieu de la Grand'Place, recouverte en ce jour d'un tapis de fleurs.

Programmé à 21 heures, il fut précédé à 19 heures de Dazibao où officient Sophie Cavez et Jonathan De Neck, deux étoiles montantes du renouveau de l'accordéon diatonique en Belgique, et où brille aussi le très talentueux Karim Baggili à la guitare et au luth.

A 21 heures, donc, très en phase avec l'horaire annoncé et après un court quart-heure d'essais-son, Gabriel, accompagné de Gilles Chabenat à la vielle à roue et de Yannick Hardouin à la basse et au piano, monta sur scène devant les deux cents à trois cents personnes que pouvait contenir le Magic Mirrors plein à craquer.

Se préparant à jouer devant un public peu habitué à ses chansons, il le prévint d'un "Si c'est trop romantique pour vous, dites-le nous, manifestez-vous, car dans ce domaine, nous n'avons aucune limite !"

Et pour bien montrer que ce n'étaient pas des paroles en l'air, Gabriel débuta son concert avec "Mes anciennes belles compagnes", en provenance directe de ":Yacoub:", son dernier album, première chanson qui fut immédiatement suivi par "Le garçon jardinier", superbement tiré du deuxième album de Malicorne.

Pour rester dans la même veine, Gabriel nous parla d'un de ses amis, un poète, qui lui dit un jour qu'on ne pouvait mesurer le désir qu'en terme de temps. "Un peu comme on attend que le déjeuner soit prêt avant de passer à table, si vous voyez ce que je veux dire... enfin, c'est juste une image... pour vous faire comprendre... je sais, c'est un peu technique..." ajouta Gabriel d'un ton malicieux, avant de nous chanter "Désir", bien évidemment, tiré son album "Babel".

Ensuite, il nous expliqua que les coureurs de bois, ces gens qui allaient à travers les vastes forêts du Canada de village en village pour recueillir les peaux des animaux tués à la chasse, avaient eu une vie des plus misérables, mais qu'ils furent aussi les premiers éthnologues, étudiant la langue et les coutumes des populations avec lesquelles ils commerçaient, allant même jusqu'à se marier avec quelques unes de leurs femmes. Parfaite introduction à "La complainte du coureur de bois", magnifiquement chantée a cappella et tirée du cinquième album de Malicorne, "L'extraordinaire Tour de France d'Adélard Rousseau...", qui fut enchaînée à "Je vois venir", une nouvelle fois en provenance directe du dernier album de Gabriel.

Et pour continuer avec le répertoire de son dernier opus, Gabriel, nous révéla l'origine de la 8ème chanson de cet album. Parisien à l'époque, il avait entendu, un hiver, à la radio, un matin, qu'un autre parisien était mort de froid durant la nuit. D'abord en rage, il finit par transcrire sa colère dans une chanson, écrite par ailleurs, il nous l'avouera, à Bruxelles. Il s'agissait, vous l'aurez deviné, de la chanson "Les rues des vieilles capitales", qu'il nous interpréta avec des gestes graves et raides.

"Pour rester dans le même registre...", annonça ensuite Gabriel, "... celui de ces endroits où l'on naît, on vit et on meurt, je voudrais vous parler de ces lieux, déserts ou inhospitaliers, mais où des gens décident de vivre et de demeurer tout le reste de leur existence... Mais qu'importe la dureté de ces lieux puisque, comme le dit la chanson que je vais vous chanter maintenant, on ne vieillit jamais près de ceux qu'on aime...". Et Gabriel de nous interpréter alors l'un de ses plus anciens et plus beaux hymnes, "Je resterai ici", tiré du dernier album de Malicorne, "Les cathédrales de l'industrie", album qui aurait dû être en réalité le premier de Gabriel Yacoub en solo (si on excepte dans un tout autre genre l'album "Trad. Arr.").

Puis Gabriel nous parla brièvement, trop brièvement, de Paul Fort, dont il allait nous chanter un court poème. Pour mieux nous situer le personnage, il nous rappella qu'il fut l'auteur des paroles du célèbre "Petit cheval blanc" de Brassens. Ce qui fut une introduction érudite et utile à la sublime "Chanson de fol" parue sur l'album "Ouvarosa" de Sylvie Berger.

Ensuite, Gabriel ironisa sur le temps froid et pluvieux qui régnait ce soir-là sur Bruxelles. "Il fait vraiment beau chez vous. On se croirait en été !". Cette petite blague qui fit beaucoup rire nombre de personnes bien trop couvertes pour un mois d'août aurait dû immédiatement précéder la chanson suivante. Qui tarda à venir, la guitare de Gabriel refusant obstinément de s'accorder. Gabriel s'en expliqua. "Je sais qu'il y a des musiciens dans la salle. On m'a prévenu ! Alors j'essaie d'éviter de leur paraître trop ridicule... Moi qui voulais faire une démo de mes années d'écoute intensive de Dylan, c'est complètement à l'eau...".

Heureusement, la prochaine chanson finit tout de même par se mettre en place. Une superbe "Dame, petite dame", tirée une nouvelle fois du dernier album de Gabriel, directement enchaînée à "Si c'était", du même ":Yacoub:".

Gabriel prit alors un air faussement gêné pour son public. "Voici donc une de ces chansons ultra-romantiques dont je vous menaçais tout à l'heure...". Et de continuer sur un ton plus doux. "Mais celle-ci est triste... On voudrait pouvoir partager nos rêves comme on partage un fruit. Mais, en fait, les rêves se vivent et se rêvent séparément...". Puis, plus doctement. "J'ai emprunté deux couplets à "Au marches du Palais", une des plus belles chansons traditionnelles, une des plus mystérieuses aussi,  avec des paroles hermétiques au 50ème degré...".  Exacte entrée en matière pour un toujours aussi fabuleux "Rêves à-demi", tiré de son album "Babel".

Gilles Chabenat, laissé seul sur scène, put ensuite nous démontrer toute son habileté à la vielle à roue en nous interprétant son fantastique "Carmin", morceau où il fait sonner son instrument tour à tour comme une harpe, un violon et un orgue.

Après déjà une heure de concert qui avait passée comme un éclair, Gabriel nous parla de Gildas Arzel qui a écrit les paroles de la chanson suivante, "J'ai grandi trop vite", parue sur l'album "Bel", et qui sera enchaînée à la très entraînante "Pluie d'elle", tirée de l'album "Babel".

Cris de désespoir dans le Magic Mirrors. Gabriel annonce la dernière chanson pour ce soir (la quinzième tout de même !). "On va terminer par quelque chose de très simple... Une ode à la simplicité...". Et ce fut bien sûr "Les choses les plus simples", somptueuse chanson, reprise, faut-il le rappeler par rien moins que Joan Baez, accompagnée pour cette occasion par rien moins non plus que Maxime Le Forestier (restons simple !).

Le public désapprouva bruyamment l'arrêt si affligeant de ce fort beau concert.

Gabriel, alerté par un furieux tintamarre, dû se résoudre à regagner promptement la scène.

Mais, sournois, il tenait sa vengeance. Car pour la chanson suivante, "Jour de lessive", tout le monde devrait chanter le refrain avec lui. Et de nous apprendre illico celui-ci  : "Ma pauvre mère est en lessive, maman maman, maman ton mauvais gars arrive, au bon moment". Mais, pas si mauvaise âme que cela, ce qui aurait été un comble en ce jour marial pour un chanteur au prénom d'archange, Gabriel nous expliqua d'abord la vie de Gaston Couté, l'auteur de la chanson. Habitant à 120 kilomètres de Paris, il n'hésitait pas, dans sa vie de débauche, à faire la route à pied jusqu'à la capitale pour s'énivrer de vin à s'en faire rougir de tâches sa chemise blanche. Ensuite, il refaisait la route à pied pour rentrer chez sa mère. Hors un jour, il arriva un jour de lessive, ce jour très important et plein de labeur où l'on faisait la lessive pour le mois. Il se trouva honteux avec sa chemise ruinée de gros rouge et alla trouver sa mère pour qu'elle lui lave sa chemise... et qu'elle l'aide à laver son âme aussi.  

Nous eûmes même droit à un deuxième rappel avec un "Le sel et le sucre" émouvant et énergique à souhait, chanson dont on ne redira jamais assez qu'elle existe dans une version époustouflante (24 musiciens pour accompagner Gabriel Yacoub !) sur l'album "Didier Laloy live at Festival d'Art de Huy".

Merci à toi, Gabriel ! Et à la prochaine fois ! (Merci aussi, bien évidemment, à Gilles Chabenat et à Yannick Hardouin !)

  

 

1) Mes anciennes belles compagnes
2) Le garçon jardinier
3) Désir
4) La complainte du coureur de bois
5) Je vois venir
6) Les rues des vieilles capitales
7) Je resterai ici
8) Chanson de fol
9) Dame petite dame
10) Si c'était
11) Rêves à-demi
12) Carmin (Gilles Chabenat en solo)
13) J'ai grandi trop vite
14) Pluie d'elle
15) Les choses les plus simples
Rappels :
16) Jour de lessive
17) Le sel et le sucre

 

© Frédéric Gerchambeau
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