Gabriel Yacoub
et Sylvie Berger en concert à Gagny - 9 avril 2005

Au Théâtre Municipal André Malraux de Gagny, la soirée s'annonçait longue,
festive et surtout exceptionnelle.
Au programme, Maluzerne (reformé pour l'occasion) et Gabriel Yacoub accompagné
de Sylvie Berger. Pas moins !
Commencé à 21h12, le concert de Maluzerne s'était fini tout juste une heure
plus tard. Mais quelle heure ! Soixante minutes de magie musicale oscillant
entre chants traditionnels et compositions plus modernes. Une fête pour les
oreilles et l'âme.
Cependant, la soirée était tout à fait loin d'être terminée. Car venait à
présent le plat de résistance. Que dis-je ? Un festin ! Car il n'en est jamais
autrement quand Gabriel Yacoub et Sylvie Berger réunissent sur scène leur trio
respectif.
Qu'on me permette de rappeler le nom des musiciens - tous extraordinaires - qui
accompagnaient Gabriel Yacoub et Sylvie Berger :
Pour Sylvie :
Julien Biget - chant, guitare et mandoline.
Emmanuel Pariselle - chant, accordéon diatonique, concertina et flûte.
Pour Gabriel :
Yannick Hardouin : chant, piano et basse acoustique fretless.
Gilles Chabenat : vielle à roue.

Voilà, il est
22h49, et le rideau s'ouvre à nouveau après un long entracte.
Gilles Chabenat réveille sa vielle à roue qui émet de longues et douces
plaintes tandis que le piano de Yannick Hardouin égrène quelques notes
mélancoliques. Cela s'appelle "Les choses", c'est aussi beau que bref
et c'est depuis longtemps déjà l'ouverture habituelle et obligée de chacun des
concerts de Gabriel Yacoub.
Cette délicieuse et délicate mise en bouche est immédiatement suivie de
"Chanson de fol", un texte ensorcelant et sublime de Paul Fort mis en
musique par Gabriel et chanté par Sylvie et Gabriel. Un petit problème sur le
micro de Sylvie, obligée de chanter à voix nue le début de la chanson,
n'empêchera pas ce concert de commencer de fort belle manière.
S'ensuivra "Elle dansait", tiré tout comme "Chanson de fol"
de l'album "Ouvarosa" de Sylvie. Ecrit/composé par Gabriel et inspiré
des livres de la romancière américaine Carson Mc Cullers et de l'Andalousie de
Fédérico Gracia Lorca, ce superbe morceau est ponctué d'envolées de la
flûte d'Emmanuel Pariselle qui lui donne un petit air de ballade irlandaise,
bien vite corrigé cependant par le style tout espagnol des arabesques des
guitares.
Les guitares se
font plus évanescentes sur ce "Désir" que nous chante maintenant et intensément
Gabriel. C'est tout juste si la vielle de Gilles nous sort par instant du
climat quelque peu onirique dans lequel nous immerge presque sans avoir l'air
d'y toucher les paroles finement ciselées de cette magnifique chanson.

Nous changeons à
présent complètement d'atmosphère avec la "Valse marine" d'Anne
Sylvestre que nous interprètent en duo, et a cappella, Gabriel et Sylvie.
Paroles confites d'humour nappées de mélodie déjantée avec chute
loufoque. Un vrai petit bonheur !
Retour à des
mots plus empreints de langueur et de mélancolie, car Sylvie nous distille
maintenant un glacial et splendide "C'était", qui ouvre son
album, écrit par Gabriel et mis en musique par Estelle Amsellem.
Il est 23h09.
Sylvie nous brosse un tableau : une place tranquille, une jolie fontaine,
des feuilles qui tombent dans l'eau de celle-ci, une petite rue et une
grand-mère. C'est le décor d' "Ouvarosa", le titre phare et
d'ailleurs éponyme de son album, écrit conjointement par Gabriel et
Sylvie et mis en mélodie par Gabriel. Que du plaisir et de
l'émotion durant plus de cinq belles minutes.
"Et si
c'était" (ça l'amour alors ça se saurait) nous chante à présent Gabriel,
chanson toute en questions mais dénuée de réponse. La basse acoustique et
fretless de Yannick y bâtit, avec un art affolant, des trames de
glissandos suspendus et inquiets à peine contrebalancés par les traits lumineux
de la vielle de Gilles. Le final, entièrement instrumental et toujours aussi
étonnamment rock, est un pur délice.

Nous restons sur
cette lancée très cadencée et accompagné de Gabriel avec "Pluie
d'elle", une chanson bourrée d'allant et de talent ici précédée
par une longue et superbe introduction où s'entremêlent vielle, guitare et
basse.
Quittons
maintenant tout instrument et voguons simplement sur la voix d'Emmanuel pour un
long et mélancolique "Hier au soir embarquant", une chanson de marins
magnifiée et même transcendée par cet a cappella perfectionniste venu de là où
on ne l'attendait pas.
Emmanuel écrit
et compose aussi, et incroyablement bien. Témoin "La nonchalante"
qu'il nous chante à présent et qui nous enchante, nous envoûte même, avec son
atmosphère pétrie de nostalgie et artistement désuète, et qui nous conte
l'amour tel un glissement de péniche sur l'eau de plus en plus ridée de
vieillesse d'une vie. La poésie à son paroxysme servie par un miracle de
mélodie.
Sylvie en
revient à un ton plus gai avec "Les fruits rouges", écrit par Gabriel
et mis en partition par Yannick. Curieuse mélopée tout de même que celle-ci, à
l'allure subtilement désaccordée et au rythme savamment bancal. Et le fait que
Julien joue ici du bouzouki, et non de la guitare, et qu'Emmanuel ait troqué
son accordéon pour un concertina ne fait que rajouter à l'impression d'amusante
étrangeté de ce petit bijou.

Vient ensuite
"Un des deux en l'air", une nouvelle chanson de Gabriel. Enfin, pas
si nouvelle que ça puisqu'il l'a déjà chantée à plusieurs reprises dans
différents concerts. Mais comme elle n'est pas encore sur un album, continuons
donc à la considérer comme nouvelle. Et, franchement, comme très belle
aussi. Ça parle d'enfance et de souvenirs comme seul Gabriel
sait en parler. Et comme la mélodie est du même niveau, imaginez un peu...
Suit, chantée
par Sylvie, et d'abord a cappella, une fort belle chanson traditionnelle du
Morvan, "Je m'en irai (dans les combats)". Sa voix solo est bientôt
rejointe par une guitare, une basse et un accordéon sur un air douloureux et
grave. Franc, émouvant et puissant.
Nous restons, en
quelque sorte, dans la chanson de tradition avec "Je resterai
ici", devenu depuis longtemps un incontournable classique des concerts de
Gabriel. Cette chanson est une des premières qu'il a mis en musique,
celle-ci figurant sur un disque ("Les Cathédrales de l'Industrie")
qui aurait dû être son premier album solo et connu comme tel si sa maison de
disques de l'époque n'avait pas eu l'idée à la fois mercantile et surtout
stupide d'y attacher le nom plus "vendeur" de Malicorne. Elle
lui a été inspirée par cette étrangeté qui l'a toujours étonné et qui veut que
des gens vivent et fondent des familles là où personne ne songerait a priori à
habiter. La voix de Gabriel et le piano de Yannick, c'est tout ce qu'il faut à
cette chanson pour vous ravir l'oreille et vous pénétrer l'âme. Elle se termine
néanmoins par un choeur vocal à l'unisson, pour l'ample beauté du son et parce
que c'est si bon...

Arrive
alors un moment des concerts de Gabriel qui est toujours un peu spécial, un peu
sacré. Ce dernier terme n'est pas trop fort. Et cela n'a rien à voir avec le
fait qu'il est maintenant minuit pile à ma montre. Si vous n'avez jamais
entendu le "Carmin" de Gilles Chabenat, abstenez-vous de parler de
vielle à roue surtout en vous en moquant, en disant que l'instrument est vieillot
ou qu'il ne peut servir qu'à jouer des danses hors d'âge dans des villages aux
murs vermoulus par les ans. Car, dans "Carmin", ce que tire
Gilles de son instrument est à la fois indescriptible et stupéfiant, comme
s'il jouait simultanément de la harpe, de l'orgue et de la
contrebasse dans une pièce musicale radicalement mystérieuse et tout à fait
superbe. Il faut vraiment l'entendre pour le croire.
"Jour de
lessive" est un autre grand classique des concerts de
Gabriel. C'est un texte de Gaston Couté mis en musique par ses soins, qui
nous parle avec des mots simples et poignants d'un mauvais gars, d'un retour et
d'une rédemption, et dont il tente régulièrement, avec plus ou moins
de réussite, d'apprendre le refrain au public.
Voilà, il est
0h12. Gabriel, Sylvie et leurs musiciens nous saluent et quittent la scène sous
des tonnerres d'applaudissements. Brouhaha, claquements de mains en rythme,
cris désespérés... Bref, notre double trio fut contraint par tant vacarme de
regagner illico presto la scène et de négocier une sortie moins traumatisante
pour le public.
Pour nous
amadouer, ils nous offrirent d'abord un "Nous irons en France" tout
en jolies polyphonies vocales.
Puis Gabriel
nous chanta "Les choses les plus simples", fragilement,
intensément, juste accompagné du piano de Yannick et de
la vielle de Gilles.
Enfin Sylvie
interpréta "La méli-mélodie" de Bobby Lapointe.
Alors, et alors
seulement, le public consentit à laisser Gabriel, Sylvie et leurs
musiciens regagner les coulisses. On offrit même des fleurs à Sylvie...
© Frédéric
Gerchambeau
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