La Bergère
– « Fi de l’eau »
Je ne cache pas que c'est avec une
joie sans faille que je tiens dans mes mains ce nouvel album de La Bergère,
alias Sylvie Berger et ses deux complices Julien Biget à la guitare et Emmanuel
Pariselle à l'accordéon diatonique. Il faut dire que le premier album de La
Bergère fut déjà une telle réussite qu'on attendait le second avec impatience.
Et le voici maintenant, intitulé "Fi de l'eau", et il ne déçoit
absolument pas, bien au contraire !
Ça commence très fort avec "Fi de l'eau", la chanson qui donne son
nom à l'album. Des couplets découpés dans la dentelle d'harmonie alternés d'un
refrain imparable abonné aux changements de tempo, le tout additionné de
paroles de Gabriel Yacoub de la meilleure eau, voilà une excellente entrée en
matière.
"La limonade", très courte, mais par Dick Annegarn s'il vous plaît,
donne ensuite un bref aperçu du talent a cappella du trio vocal
Berger/Biget/Pariselle.
Retour aux paroles de Gabriel Yacoub avec "La dame ira les ramasser",
en forme de valse amère, mais pas seulement. Car Gabriel Yacoub y joue aussi
d'un instrument à cordes inhabituel dans nos contrées et au son étonnant,
l'autoharpe.
"Le prix des roses", signée Roland Topor, Estelle Amsellem et Alain Bruel,
ce dernier y jouant de l'accordéon chromatique, fait aussi appel à Yannick
Hardouin à la basse. Et cela donne une chanson aux mots doux-acides baignés
d'un superbe entrelacs partitionnel.
"Saint-Jean" (Les demandes impossibles) est possiblement le sommet de
l'album, pour peu qu'on puisse en désigner un. Mais pour le coup tout le monde
est là, Yannick Hardouin à la basse, Gabriel Yacoub à l'autoharpe, Gilles
Chabenat à la vielle, Willy Soulette à la cornemuse 16 pouces et même Marie
Sauvet (l'ancienne Marie Yacoub de Malicorne) dans les choeurs. Rien à redire,
la mélodie est la fois solide et lumineuse, et on se prend tout de suite à la
fredonner frénétiquement. Sans compter que Gabriel Yacoub nous a pondu là une
merveille de texte parfois à la limite du pur plaisir des sonorités de mots. Et
si vous écoutez bien les dernières paroles de la chanson, vous sourirez
largement en entendant "Une branche de chasse-diable et La Bergère à
l'Elysée"... Héhéhé !
(Et puis) "Elle allait" suit "Twice", un bel instrumental,
et s'avance sous la clarinette de Frédéric Paris avec un air joliment grave et
des paroles de Gabriel Yacoub parmi les plus magnifiquement alambiquées
jusqu'ici.
"La rivière" coule sous la basse de Yannick Hardouin en un lent flot
de texte affligé encore une fois de Gabriel Yacoub, mais mis en musique cette
fois, et délicatement, par Julien Biget.
Sylvie Berger en revient à un ton plus gai avec "Les fruits rouges",
écrit par Gabriel et mis en partition par Yannick. Curieuse mélopée tout de
même que celle-ci, à l'allure subtilement désaccordée et au rythme savamment
bancal. Et le fait que Julien joue ici du bouzouki, et non de la guitare, et
qu'Emmanuel ait troqué son accordéon pour un concertina ne fait que rajouter à
l'impression d'amusante étrangeté de ce petit bijou.
"Si tu lisais", écrite par Jacques Paris et menée par la basse
alanguie de Yannick Hardouin et la clarinette flâneuse de Frédéric Paris, est
une ballade originale et paisible au-delà de la mort.
"Retournons à la maison" est possiblement l'autre sommet de l'album.
Une mélodie joliment sinueuse distillant un climat d'une attachante langueur au
gré du texte de Gabriel Yacoub et de la guitare de Julien Biget, sans compter
le chant de la vielle de Gilles Chabenat, et nous voici dans Lyon à la
recherche de l'amour, ou d'autre chose. Plaisante odyssée urbaine et humaine
qu'on aimerait sans fin.
Changement radical de style avec "Quand je serai grande", d'Emmanuel
Pariselle. Tout l'univers de l'école et de l'enfance à travers la vision d'une
gamine, humour et pique pour les garçons compris.
Entre deux brèves reprises instrumentales de "La limonade", l'album
se termine avec "L'amant de Nantes", un texte traditionnel aux
paroles finales étonnantes mis en musique par Frédéric Paris et Dick Annegarn.
Et pour bien finir, Frédéric Paris s'est muni de son harmonium et Manu Paris de
sa cornemuse 20 pouces, nous laissant un goût de mélancoliquement beau dans la
mémoire quand le silence se fait . Sans oublier la voix d'Evelyne Paris, qui
alterne sur certains passages avec celle de Sylvie Berger, doublant encore
l'agrément vocal de cet ancien chant.
Voici donc en quelques mots "Fi de l'eau", le second album de La
Bergère, tout en variété et en qualité, en mélodies quintessentielles et en
poésie. Une véritable réussite où Gabriel Yacoub démontre que sa plume est de
plus en plus fine au fil des chansons et où Sylvie Berger fait preuve une
nouvelle fois du talent de sa voix. A écouter et à réécouter encore et encore,
pour le plaisir et pour n'importe quelle autre raison.
1-Fi de l'eau
2-La limonade
3-La dame ira les ramasser
4-Le prix des roses
5-Saint -jean
6-Twice
7-(et puis) Elle allait
8-La rivière
9-La saison des fruits rouges
10-Si tu lisais
11-Retournons à la maison
12-Quand je serais grande
13-La limonade
14-L'amant de Nantes / la limonade
© Frédéric
Gerchambeau
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