Gabriel Yacoub à
la Boîte à Musiques – 18 mars 2007



Voici donc plus
de 5 ans qu’on avait pas eu le bonheur de voir et d’écouter Gabriel
Yacoub dans le Nord de la France, même s’il n’est pas rare
qu’il joue de l’autre côté de la frontière, en Belgique. Et voilà
qu’il allait se produire en trio à la Boîte à Musiques de Wattrelos.
Impossible de rater cet événement. C’était le 18 mars 2007, à 17 heures.
Et pour moi qui était venu à pied, en voisin, je dus mériter mon arrivée
jusqu’à la Boîte à Musiques, ayant eu à affronter un vent soufflant par
fortes bourrasques et deux averses de grêlons. Mais que ne ferais-je pas pour
voir Gabriel Yacoub en concert !
Et ce fut bien à
17 heures précises qu’il monta sur scène accompagné de ses deux fidèles
musiciens, Gilles Chabenat à la vielle à roue et Yannick Hardouin à la basse et
au piano. Comme d’habitude, il nous remercia d’avoir bravé les
éléments afin d’être ici (ce qui était cette fois rudement vrai !)
et, plus inhabituellement, d’avoir également pris la peine de rater la
moitié de "Vivement Dimanche", ce qui fit beaucoup rire. Puis le trio
entama le "Jeu des grillons" immédiatement enchaîné au toujours aussi
superbe "Je serai ta lune", tous les deux tirés de l’album
"Bel".
Gabriel prévient
son public : "Le concert de cet après-midi sera principalement
constitué de chansons d’amour. Bon, si ça ne vous plaît pas, vous pouvez
néanmoins nous demander de jouer autre chose. Mais, franchement, autant le
dire, on ne sait jouer pratiquement que des chansons d’amour.
Alors… »
A la
question "Gabriel Yacoub joue-t-il encore du Malicorne vingt ans
après la disparition du groupe ?", la réponse est oui. Première
preuve avec "Le garçon jardinier" qui vint ensuite, en provenance du
deuxième album de Malicorne, suivi de "Désir" venu en droite ligne de
l’album "Babel".
Tout va bien. Le
public, une centaine de personnes, dont beaucoup de fans invétérés, se régale.
Même les cris de quelques enfants parfois un peu trop dissipés ne parviennent
pas à ternir l’excellente atmosphère de ce concert. Qui se poursuit par
une autre chanson malicornienne, "La complainte du coureur de bois",
magnifiquement chantée a cappella et tirée du cinquième album de Malicorne,
"L'extraordinaire Tour de France d'Adélard Rousseau...".
Puis Gabriel
Yacoub, introduisant "J'ai grandi trop vite", nia
vigoureusement, "malgré les apparences", qu’elle fut
autobiographique à son auteur, Gildas Arzel. Façon de nous amuser avant une
chanson plus sombre, "Les rues des vieilles capitales". Parisien à
l'époque, il avait entendu, un hiver, à la radio, un matin, qu'un autre
parisien était mort de froid durant la nuit. D'abord en rage, il finit par
transcrire sa colère dans cette chanson.
"Pour
rester dans le même registre...", annonça ensuite Gabriel, "... celui
de ces endroits où l'on naît, on vit et on meurt, je voudrais vous parler de
ces lieux, déserts ou inhospitaliers, mais où des gens décident de vivre et
de demeurer tout le reste de leur existence... Mais qu'importe la dureté
de ces lieux puisque, comme le dit la chanson que je vais vous chanter
maintenant, on ne vieillit jamais près de ceux qu'on aime...". Et Gabriel
de nous interpréter alors l'un de ses plus anciens et plus beaux hymnes,
"Je resterai ici", tiré du dernier album de Malicorne, "Les
cathédrales de l'industrie", album qui aurait dû être en réalité le
premier de Gabriel Yacoub en solo (si on excepte dans un tout autre genre
l'album "Trad. Arr.").
Ensuite, Gabriel
avoua qu’il se méfiait de la nostalgie, du "C’était mieux avant",
prémisse à un "Je vois venir" qui clôturera la première partie du
concert avant une vingtaine de minutes d’entracte.
La deuxième
partie du concert débute avec la très belle "Chanson de fol", un
poème de Paul Fort mis en musique par Gabriel, et parue sur l'album
"Ouvarosa" de Sylvie Berger. Celle-ci est vite suivie de "Dame,
petite dame", tirée du dernier album de Gabriel, directement enchaînée à
"Si c'était", du même ":Yacoub:".
Après un
réaccordage de guitare pendant lequel je réalise pour la première fois que la
basse de Yannick est une Takamine tout comme la guitare de Gabriel, le trio
nous joue un "Je suis à court" venu de l’album
"Quatre".
Gabriel prend
alors un air faussement gêné pour son public. "Voici donc encore une de
ces chansons d’amour dont je vous menaçais tout à l'heure...". Et de
continuer sur un ton plus doux. "Mais celle-ci est triste... On voudrait
pouvoir partager nos rêves comme on partage un fruit. Mais, en fait, les rêves
se vivent et se rêvent séparément... Et je pense, personnellement, que
c’est aussi bien ainsi…". Puis, plus doctement, "J'ai
emprunté deux couplets à "Au marches du Palais", une
des plus belles chansons traditionnelles, une des plus mystérieuses
aussi, bourrée de symboles, qui n’est même que symboles d’ailleurs,
et qui n’a rien à voir avec l’histoire qu’elle paraît
raconter... Le petit cordonnier, la belle, la belle qui épouse le cordonnier,
tout ça, c’est n’importe quoi...". Exacte entrée en
matière pour un toujours aussi fabuleux "Rêves à-demi", tiré de son
album "Babel".
Gilles Chabenat,
laissé seul sur scène, put ensuite nous démontrer toute son habileté à la
vielle à roue en nous interprétant son fantastique "Carmin", morceau
où il fait sonner son instrument tour à tour comme une harpe, un violon et un
orgue.
Gabriel revient
sur scène, accompagné de Yannick. Il commence à nous jouer les premiers accords
de "Pluie d’elle". Puis s’arrête et réaccorde sa guitare.
"C’était pourtant bien parti… Mais je sais qu’il y a des
musiciens dans la salle, alors je ne peux jouer n’importe quoi
n’importe comment… Et puis il y a aussi des enfants qui
m’écoutent. Il faut que je leur donne une bonne
éducation… ". Il reprend, faisant virevolter en boucle les
accords sous ses doigts, puis s’arrête à nouveau. "Waouh, ça tourne.
Non ? Vous ne trouvez pas ?". Il redémarre la même série
d’accords répétés encore et encore, et stoppe une nouvelle fois.
"Quand je commence à jouer ça, je ne peux plus m’arrêter. Je
pourrais jouer ça toute la nuit… ". Quelques interruptions
comiques plus tard, "Pluie d’elle" est enfin joué avec fougue
et joliesse.
Cris de
désespoir dans la Boîte à Musiques. Gabriel annonce la dernière chanson de ce
concert (la quinzième tout de même !). "On va terminer par quelque
chose de très simple... ". Et ce fut bien sûr "Les choses les plus
simples", somptueuse chanson, reprise, faut-il le rappeler par rien moins
que Joan Baez, accompagnée pour cette occasion par rien moins non plus que
Maxime Le Forestier (restons simple !).
Le public
désapprouva évidemment et bruyamment l'arrêt si affligeant de ce fort beau
concert. Gabriel dû se résoudre à regagner promptement la scène.
Mais, sournois, il tenait sa vengeance. Car pour la chanson suivante,
"Jour de lessive", tout le monde devrait chanter le refrain avec
lui. Et de nous apprendre illico celui-ci : "Ma pauvre mère est en
lessive, maman maman, maman ton mauvais gars arrive, au bon
moment…". Mais, pas si mauvaise âme que cela, ce qui serait un
comble pour un chanteur au prénom d'archange, Gabriel nous expliqua d'abord la
vie de Gaston Couté, l'auteur de la chanson. Habitant à 120 kilomètres de
Paris, il n'hésitait pas, dans sa vie de débauche, à faire la route à pied
jusqu'à la capitale pour s'enivrer de vin à s'en faire rougir de tâches sa
chemise blanche. Ensuite, il refaisait la route à pied pour rentrer chez sa
mère. Hors un jour, il arriva un jour de lessive, ce jour très important
et plein de labeur où l'on faisait la lessive pour le mois. Il se trouva
honteux avec sa chemise ruinée de gros rouge et alla trouver sa mère pour
qu'elle lui lave sa chemise... et qu'elle l'aide à laver son âme
aussi.
Nous eûmes même
droit à un deuxième rappel avec un "Le sel et le sucre" émouvant et
énergique à souhait, chanson dont on ne redira jamais assez qu'elle existe dans
une version époustouflante (24 musiciens pour accompagner Gabriel Yacoub !) sur
l'album "Didier Laloy live at Festival d'Art de Huy".
Merci à toi,
Gabriel ! Et à la prochaine fois ! (Merci aussi, bien évidemment, à Gilles
Chabenat et à Yannick Hardouin !)
Liste des
morceaux joués par Gabriel Yacoub ce 18 mars 2007 à la Boîte à Musiques de
Wattrelos :
1) Le jeu des
grillons/Je serai ta lune
2) Le garçon
jardinier
3) Désir
4) La complainte
du coureur de bois
5) J'ai grandi
trop vite
6) Les rues des vieilles
capitales
7) je resterai
ici
8) Je vois venir
(Entracte)
9) Chanson de
fol
10) Dame petite
dame
11) Si c'était
12) Je suis à
court
13) Rêves à-demi
14) Carmin
(Gilles Chabenat en solo)
15) Pluie d'elle
16) Les choses
les plus simples
Rappels :
17) Jour de
lessive
18) Le sel et le sucre
© Frédéric
Gerchambeau
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