Le « Jardin des
Mystères » en concert – Chatou – 5 mars 2004
Notre-Dame de
Chatou, vendredi 5 mars 2004.
Ce soir, je suis venu écouter et voir le "Jardin des Mystères", entrecroisement
de chants religieux populaires et de chansons traditionnelles.
Le groupe qui va jouer devant nous sera composé de :
Sylvie Berger : chant traditionnel
Marie Rigaud : chant baroque
Laurence Charrier : harmonium
Richard Monségu : percussions
Eric Montbel : cornemuses, flûtes et direction musicales
20h40. Il n'y a pas un monde fou dans cette église. Et c'est dommage car le
programme et les artistes promettent énormément.
Par contre, les spectacteurs ont l'air d'être pour beaucoup de fins connaisseurs.
Au moins les artistes joueront-ils devant des oreilles attentives et averties.
20h58. Un des responsables du lieu vient faire une petite annonce. Certes
certains mots prononcés dans quelques chansons qui seront interprétées ce soir
seront contraire à l'esprit de la foi chrétienne. Mais, dans un voeu de
réconciliation, ne doit-on pas les accepter comme un témoignage des temps et
des gens anciens ?
21h04. Une clochette retentit dans un silence parfait. Deux voix s'élèvent et
nous élèvent avec elles. Sylvie et Marie parcourent à pas lents l'allée
centrale en se dirigeant vers la scène. C'est un "Ave Maria" sublime,
un moment d'émotion rare.
Viens ensuite un "Te souviens-tu Marie-Madeleine" superbe enrobé de
chants de grillons.
Après ces deux premiers chants religieux, véritable miel pour les oreilles, le
groupe change de registre et nous plonge dans un "C'était une jeune
fille" aussi sanglant que fort joliment interprété.
Pour nous remettre de nos émois, le groupe nous offre un chant de Noël en langue
d'Oc : "Qual bru fa dins lo ceu !" ("Quel bruit dans le ciel
!")
Mais à peine nous somme-nous remis de la criminelle histoire précédente que les
musiciens et musiciennes nous insèrent à nouveau dans le meurtre et l'horreur.
Et dans le fantastique ainsi. Car voici venir "La blanche biche", un
des récits parmi les plus étranges du répertoire des chansons traditionnelles.
Par bonheur, le groupe s'unit ensuite pour nous emporter vers un chant beaucoup
moins effroyable. Une ancienne et belle légende, "Bonne Sainte Vierge
marchant sur terre". Un grand instant de délice instrumental et vocal.
Exit le chant. Voici le moment de la musique seul.
Eric Montbel clame : "Je crois que c'est un festival de cornemuse, non
?"
Et de s'asseoir en compagnie d'une ullean pipe, la célèbre et fort expressive
cornemuse irlandaise.
Eric, Richard et Laurence nous enchantent alors d'une suite tourbillonnante
composée de "Adieu Catho" et "La grive".
Pour introduire le prochain morceau, Richard tape sur un pot de terre résonnant
joliment.
C'est un "Je me suis engagée" qui s'avance alors, aussi gracieux que
triste.
Nouvel excursion dans le chant religieux populaire avec le "Sur le tombeau
la Madeleine" qui vient ensuite. Un chant plein d'émotion et de tendresse.
Retour encore vers la chanson traditionnelle pour un très triste "Les
habits noirs".
L'alternance joue à nouveau. Et c'est un émouvant "La Sainte Vierge pleure
sur son carreau d’argent" qui vient à nos oreilles.
Eric Montbel reste une nouvelle fois seul avec Richard et Laurence. Avec sa
cornemuse aussi. Et c'est pour nous interpréter un virevoltant
"L'absente" qui se terminera en un véritable mais sympathique duel
cornemuse/percussions.
"Le garçon allemand" nous rend alors visite en une chanson superbe
mais ô combien funèbre.
Nous le quittons bientôt pour un chant de passion, un "Saint-Pierre qui
porte la Croix" à nous serrer le coeur et à nous tirer des pleurs.
La suite n'est pas beaucoup plus gaie puisque nous vient un sinistre (mais très
beau !) "La serpent verte", une chanson empoisonnée à la fois étrange
et cruelle toute baignée d'un parfum magie.
Un "Sainte-Marthe en s'en allant" très allant et très dansant nous
tire heureusement du charme vénéneux de la chanson d'avant.
Mais le concert en arrive déjà à sa fin. La dernière chanson sera donc un
percutant "Nous sommes trois frères", une chanson emplie de coups et
de sang qui mélange allègrement et étonnamment les histoires de Cendrillon et
de Barbe-Bleue.
Voilà. Il est 22h28 et le groupe quitte la scène sous les bravos et les
applaudissements.
Cependant le public n'a pas encore son compte de chants, d'effroi et de
splendeur.
Et il se charge de le faire bruyamment savoir.
Le groupe revient donc, pour notre plus grande joie.
Il nous interprète alors un "Renaud, le tueur de femmes" des plus
horriblement enjoués.
Puis un "D'où viens-tu bègère" aussi rythmé que passionné.
Maintenant, c'est vraiment la fin de ce merveilleux concert.
Le public applaudit debout et chaleureusement.
Merci encore à Eric, Sylvie, Richard, Marie et Laurence pour ce très beau
moment de musique, de chants et de grâce.
Et à très bientôt j'espère !
© Frédéric Gerchambeau
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