Réminiscences
J'ai déjà longuement décrit
comment Malicorne puis Gabriel Yacoub m'ont accompagné tout au long de ma
jeunesse et du reste de ma vie.
J'ai déjà, aussi, décrit, et avec minutie, quelques uns des derniers concerts de
GY avec ou sans sa désormais fidèle Bergère.
J'aimerais maintenant dans les lignes qui vont suivre aborder des souvenirs,
des réminiscences très ancrées en moi, et qui concernent certes Gabriel ou
Sylvie Berger mais aussi, voire surtout pour cette occasion, des musiciens ou
musiciennes qui ont joué avec Gabriel Yacoub et que j'ai connus le plus souvent
grâce à lui.
La première des
réminiscences que j'aimerais évoquer concerne Richard Shindell, celui-là même à
qui Gabriel empruntera plus tard le magnifique et terrible "You stay
here" pour son album ":yacoub:".
Mais je suis pour l'heure à une date que je crois pouvoir situer au 26 octobre
1994, confortablement assis dans un des sièges de la salle de concert du
Passage du Nord-Ouest, à Paris, et le Richard Shindell en question m'est
complètement inconnu. Je sais juste qu'il va, dans quelques instants, assurer
la première partie du concert de Gabriel Yacoub que je suis venu voir ce soir.
Le noir se fait. Le public se tait.
Puis un simple projecteur de poursuite s'allume, éclairant un type, là, tout
seul sur la scène.
Comme le gars n'est pas très grand, sa guitare semble presque encombrante sur
sa poitrine.
Nous le regardons. Il nous regarde. Silence.
Puis il tente d'expliquer, moitié dans un français très approximatif, moitié en
anglais, qu'il est là à la demande expresse de Gabriel Yacoub. C'est un très
bon point pour lui.
Mais je n'ai pas le temps de vraiment y réfléchir car il entame immédiatement
après son programme de chansons.
Et là, je suis sidéré.
Ce type pas bien grand s'avère tout de suite avoir une présence de géant sur
scène.
Il assène les paroles de ses chansons avec une telle force d'interprétation que
je m'en arrête presque de respirer pour mieux les écouter.
Et il ne joue pas de la guitare. Elle est à la fois un étendard posé sur son
coeur et une arme d'harmonie massive.
Ce type-là "tue" sur scène au sens le plus puissamment beau et
émouvant du terme.
Ma tête fonctionne à plein régime pour essayer de garder en mémoire quelques
unes des superbes paroles de ses chansons.
Et son court concert se passe ainsi, comme dans un rêve inattendu et fulgurant.
Un peu plus tard, à l'entracte, je tombe nez à nez avec lui. Je lui tends la
main et, serrant la sienne, je lui dit "Merci !". Il me sourit, me
regardant d'un air toutefois étonné.
Le lendemain, j'avais chez moi son premier album (car il en a réalisé plusieurs
autres par la suite), "Sparrows Point", et j'y retrouvais quelques
unes des chansons qui m'avaient tant bouleversées la veille.
Et notamment trois que, même maintenant, très longtemps plus tard, je ne peux
encore écouter qu'en retenant difficilement mes larmes, "The
courier", "Sparrows Point" et "On a Sea of
Fleur-de-Lis".
Il m'est arrivé, parfois, de discuter, un peu, de choses et d'autres avec
Gabriel Yacoub, et souvent à la fin d'un de ses concerts, comme beaucoup
d'autres que moi. Mais je l'avais encore jamais remercié de m'avoir fait
découvrir Richard Shindell ce soir-là. Voilà qui est fait maintenant.
La seconde des
réminiscences que je voudrais évoquer concerne Nikki Matheson, qui fut de
l'aventure du premier album "officiel" de Gabriel Yacoub,
"Elementary Level of Faith", et participera également et grandement à
l'élaboration des deux albums suivants, "Bel" et "Quatre".
Mais ce n'est pas de Nikki avec Gabriel dont je voudrais parler, mais de Nikki
avant Gabriel, je veux dire de Nikki en première partie d'un de ses concerts.
Nous sommes au soir du vendredi 7 juin 1996. Je suis douillettement assis dans
l'un des sièges du très bel Auditorium des Halles, dans le ventre du Forum et
en plein Paris.
Je suis venu voir Gabriel Yacoub en concert pour je ne sais même plus la
combientième fois. "Fan" depuis déjà longtemps, presque vingt ans en
fait, je le suis "comme son ombre" dès qu'il passe à Paris ou à
proximité. D'ailleurs, arrivé largement premier devant la porte de la salle, je
l'ai vu lui et deux de ses musiciens aller et venir dans le Forum à la
recherche de quelques victuailles à dévorer avant le concert. Il est passé, là,
deux fois, juste devant moi, et nous nous sommes regardés. Terriblement timide
avec cet homme que je respecte terriblement, je n'ai même pas osé lui dire le
moindre petit bonjour.
Mais revenons au concert lui-même. Enfin non, pas au concert lui-même
justement, mais à sa première partie. Car il y a une première partie. Je m'en
aperçois au moment où, le noir s'étant fait dans l'Auditorium, le grand rideau
s'ouvre, laissant apparaître une vaste scène encombrée d'instruments de toutes
sortes et là, presque devant moi, un grand piano de concert.
Ce qui s'ensuit se passe comme dans un songe. Une musicienne blonde, plutôt
grande me semble-t-il, mince et pleine de charme s'assied face au clavier de
l'immense masse sombre montée sur trois pieds. Elle n'a pas besoin de dire son
nom pour que je la reconnaisse. C'est elle qui est aux côtés de Gabriel sur une
photo d'"Elementary Level of Faith", son long visage curieusement
figé et le regard projeté à l'infini. C'est Nikki Matheson.
Mais de voir sa superbe silhouette évoluer en mouvements souples et amples face
au piano, ses bras volant littéralement au-dessus du clavier, me procure une
saisissante impression. D'autant qu'elle chante avec une voix altière, profonde
et vigoureuse.
Sur la photo, j'avais cru voir un petit bout de femme sûrement douée mais
effacée et voilà que je découvrais une virtuose s'affirmant dans un torrent
d'accords mêlés à une voix à vous fendre le coeur.
Je ne sais pas combien de temps dura alors, en vrai, cette première partie à la
fois émouvante et volcanique. Tout ce que je sais c'est qu'encore aujourd'hui
j'entends toujours ce piano et cette voix en même temps que je revois cette
étonnante musicienne.
Je la vis encore sur scène en solo le lendemain, lors d'un deuxième concert de
Gabriel et dans le même endroit. L'empreinte de Nikki dans ma mémoire ne s'en
fit que plus vive, que plus étincelante.
Puisque je viens
de citer deux fois l'"Elementary Level of Faith" de Gabriel,
venons-en à ma troisième réminiscence, qui concerne Kolinda, sorte d'équivalent
hongrois de Malicorne et groupe fondé par Ivan Lantos, l'autre musicien qui
apparaît aux côtés de Gabriel et de Nikki sur la pochette d'"E.L.F.".
De toutes les personnes dont je parle dans ce texte, c'est la seule que je n'ai
jamais vue physiquement. Et pourtant...
Car j'ai tellement écouté les albums de Kolinda que je possède, 4 en tout et
qui sont je pense les 4 premiers du groupe, que c'est un peu comme si cet Ivan
Lantos que je n'ai jamais vu faisait partie de ces bons amis dont les noms se
sont gravés pour toujours dans ma mémoire.
J'aurais tellement aimé parler le Hongrois pour comprendre les paroles si
joliment chantées dans ces albums. Mais la beauté des voix suffit déjà à me
combler. Et c'est sans parler de la magnificence des musiques et de la
splendeur ainsi que l'intelligence des arrangements.
Je sais que Kolinda est déjà venu joué en France, avec Ivan Lantos à sa tête,
et même une fois (au moins) le même soir et sur la même scène que Gabriel
Yacoub entouré de ses musiciens. Et je sais aussi, si je ne me trompe pas,
qu'il a laissé depuis le groupe suivre son destin sans lui. Et cela m'inspire
énormément de regrets de n'avoir pu le voir et l'entendre sur scène au sein de
ce groupe si talentueux et si marquant qu'il a créé. Mais tant pis, c'est
ainsi, il faudra bien que je m'y fasse un jour.
C'est en tout cas, maintenant que j'ai évoqué Ivan et Nikki, l'occasion de
souligner (ou de re-souligner) de ce qu'avait et ce qu'a toujours de très
particulier "Elementary Level of Faith" : c'est un album
incroyablement innovant, aventureux et moderne du point de vue de sa sonorité,
et ce du fait de l'utilisation extrême et extrêmement habile de sons
échantillonnés. Or, Gabriel s'occupant du chant et des guitares et Nikki
principalement des choeurs, qui s'affairait sur un Greengate DS3 (appelé
faussement DC3 dans les notes de l'album) pour en tirer tout un orchestre
digital ? Je vous laisse deviner... Ivan Lantos, bien évidemment (Bravo aussi
au passage à Patrice Robin qui a programmé un échantillonneur Akaï S900 et un
séquenceur numérique Yamaha QX-1, ce qui, quand on connaît un tant soit peu
cette machine, n'a sûrement pas dû être une mince affaire...).
Enfin, bien évidemment disais-je, mais pas tant que ça a priori... Car, que je
sache, Ivan Lantos ne jouait que des instruments de musique traditionnelle au
sein de Kolinda. Mais force est de constater que l'homme est aussi très expert
dans le domaine de la musique purement électronique.
Sylvie Berger
sera l'émerveillement de ma quatrième réminiscence.
Nous sommes à la fin de l'année 2004 et celle-ci a déjà sorti un premier et
superbe album avec son groupe La Bergère et elle se produit maintenant
régulièrement sur scène, souvent aux côtés de Gabriel Yacoub. Mais, en fait,
cela fait déjà bien longtemps que le nom de Sylvie Berger attise en moi les
délices d'une voix à la fois douce et puissante. Depuis 10 ans en réalité et
plus exactement depuis 1994, année de sortie de l' "Anthologie de la
chanson française - La tradition" réalisée par le regretté Marc Robine
avec l'aide de Gabriel Yacoub et d'Emmanuel Pariselle. Que ne l'ai-je écoutée
chantant "La tricotée", une petite mélopée savoureuse, en compagnie
de Bénédicte Le Croart et Coline et Gabriel Yacoub ! Ou marmonnant tristement
sur le douloureux "Je voudrais être mariée" !
Mais jusqu'à récemment, ce n'était encore qu'une "voix" pour moi,
même si celle-ci avait accompagnée avec ferveur et beauté nombre de mes soirées
de découvertes musicales.
C'est quand je l'ai vu pour la première fois sur une scène que j'ai vraiment
pris conscience de tout l'immense talent de Sylvie Berger. Mais je ne m'en suis
pas étonné outre-mesure. Car je savais déjà que tous ceux et toutes celles qui
avaient oeuvré de leur voix et de leur instrument à l' "Anthologie"
ne pouvaient que des sommets dans leur domaine. D'ailleurs, qui retrouve-t-on
aux côtés de Sylvie au sein de La Bergère ? Emmanuel Pariselle (dont je vénère
littéralement le "Petit Mercelot" dans l' "Anthologie")!
Comme le monde est petit...
Je sais depuis peu, mais on apprend chaque jour, que Sylvie Berger a formé un
duo avec Nikki Matheson. Ça s'appelait Les Puces. J'aurais bien aimé voir et
entendre ça. Et pour peu de Marie Sauvet/Yacoub se soit joint à elles, on
imagine sans peine l'ineffable trio que cela aurait pu faire...
Ma cinquième
réminiscence est la plus triste, et aussi la plus personnelle.
J'avoue avoir longtemps hésité, et pour de nombreuses raisons, à faire lire les
lignes qui suivent et même simplement à les écrire. Si je le fais, c'est pour
rappeler à la mémoire un musicien dont on ne connaît que très partiellement les
immenses talents si on ne le considère qu'au travers de ses apparitions auprès
de Gabriel Yacoub. Je veux parler de Jean-Pierre Arnoux, décédé le 4 juillet
2002.
La plupart de ceux et celles qui liront ce texte auront sûrement reconnu dans
ce nom celui qui fut l'impressionnant batteur des derniers albums de Malicorne
avant qu'il ne continue à habiller de ses rythmes tous les albums de Gabriel en
solo jusqu'au dernier à ce jour. Et je dois dire que si le hasard n'en avait
pas décidé autrement, je ne connaîtrais moi-même Jean-Pierre Arnoux que comme
compagnon de scène et d'albums de Gabriel Yacoub.
Mais voilà...
Avant d'habiter Wasquehal, près de Lille, j'ai longtemps habité le 11ème
arrondissement de Paris. Or, dans ce quartier-là, très populaire et très
vivant, il existe chaque année de nombreuses journées où les artistes ouvrent
les portes de leur atelier et reçoivent un public toujours plus averti et
enthousiaste. J'ai toujours attendu chacune de ces journées avec la plus vive
impatience, avide de me promener dans ce Paris que j'adore, de peintres en
sculpteurs et de découvertes en étonnements.
Lors d'une de ces journées portes-ouvertes, c'était en mai 2001, je me baladais
tranquillement dans la rue Saint-Maur quand une affichette attira mon
attention. Sur l'une des vitres du café-bar "Les couleurs", au 117 de
la rue, un petit rectangle de papier portait un nom qui me disait plus que
quelque chose mais que je ne me serais pas attendu à voir là.
Sous le nom d'un groupe, Drum&Sax, qui allait jouer dans l'endroit le soir
même, il y avait deux noms : Jim Cuomo et Jean-Pierre Arnoux.
Quoi ? Le Jean-Pierre Arnoux de Malicorne, le "batteur français préféré au
monde" de Gabriel Yacoub allait jouer là ce soir, à deux pas de chez moi ?
Impossible ! Il devait y avoir une erreur ! C'était forcément un
"autre" Jean-Pierre Arnoux !
Néanmoins, moins d'une heure plus tard, j'étais solidement attablé devant une
petite scène improvisée où était dressée une sorte agrégat de surfaces sensitives
électroniques formant une étrange batterie. Je patientais alors fermement, me
disant que je perdais tout de même mon temps.
Et c'est alors que je le vis. C'était bien lui ! Il alla essayer deux ou trois
trucs sur sa batterie bizarre et revint s'asseoir à une table près de moi.
Comme il ne disait rien, absorbé qu'il était par de secrètes pensées, je pris
mon courage à deux mains pour lui adresser la parole. Mais que lui dire en
premier ?
- Euh... Excusez-moi... Je ne vous dérange pas ?... Vous êtes bien le batteur
de Gabriel Yacoub ?
- Oui... (Son oeil est soupçonneux)
- Et vous aviez joué avant dans Malicorne, c'est bien ça ?
- Oui... (Son regard commence à s'allumer)
- Euh... J'ai un excellent souvenir de vous au théâtre Dejazet...
- Ah ? Vous y étiez ?
- Oh oui ! Je suis venu tous les soirs et le dernier soir, Gabriel Yacoub a
fait lever le public pour qu'il se mette à danser. Ce soir-là, on a même reçu
une bouteille de mousseux avec une étiquette spéciale. Je l'ai cassée dans un
déménagement mais je l'ai gardée longtemps dans ma cuisine, comme un trophée...
Ainsi a commencé une longue conversation entre lui et moi.
Puis il s'est excusé...
- C'est l'heure, je vais aller jouer...
Et là, croyez-moi, ce fut réellement extraordinaire.
Lui que j'avais vu jouer tant de fois sur des batteries "normales",
il évoluait là dans une tout autre registre, surprenant et fascinant.
De ses surfaces sensitives, il tirait tour à tour des sons de cloches, de voix,
de gouttes d'eau... et même de batterie !
Mais le tout construisait à l'oreille des rythmes hypnotiques, syncopés ou
complexes.
Jouant sur des synthétiseurs et passionné de musique électronique, l'emploi de
surfaces électroniques comme substitut de caisses et de toms ne m'étonnait pas.
C'était l'utilisation qu'il en faisait lui qui me stupéfiait.
Et je parle pas de Jim Cuomo, au saxophone et au saxo-midi, qui jouait de
manière tout aussi extraordinaire et déconcertante que lui.
A l'entracte (pour que les gens consomment au bar, normal), Jean-Pierre Arnoux
revint s'asseoir près de moi.
- Alors, tu aimes ?
Je mis un instant à réaliser qu'il venait de me tutoyer.
- Euh... Fabuleux !
Et le reste de la soirée fut un délice de musique, de rythmes et de palabres.
Nous restâmes ensuite en contact.
Il joua dans les semaines qui suivirent, une vraie chance pour moi, plusieurs
fois dans le quartier où j'habitais à l'époque.
Et à chaque fois, il eut la gentillesse de me prévenir de sa venue avec son
vieux complice Jim.
Un mot sur Jim Cuomo, il le mérite vraiment. Ce musicien est la modestie même.
Inconcevablement amical et d'une simplicité à toutes épreuves, c'est pourtant
un musicien d'une pointure exceptionnelle. Quand on le voit et quand on lui
parle, rien ne perce a priori. C'est monsieur tout le monde en personne. Mais
dès qu'il commence à jouer, là, c'est une autre histoire. On est immédiatement
transporté dans une dimension à la fois émouvante et inconnue. La marque des
très très grands. On peut d'ailleurs, pour peu qu'on ait l'album
"Balançoire en feu" de Malicorne, entendre ses saxophones errer ça et
là au cours des morceaux.
Mais revenons à Jean-Pierre qui me prévenait, donc, des venues de Drum&Sax
dans mon quartier.
A chaque fois, j'y amenais la fine fleur de mes ami(e)s, histoire de leur faire
profiter de concerts dont ils et elles se souviendraient toute leur vie.
Et à chaque, tous ceux et toutes celles qui avaient eu la possibilité de venir
repartaient ébahi(e)s.
La dernière fois que j'ai vu Jean-Pierre Arnoux se situe à la fin d'un concert
de Gabriel Yacoub (en formation "trio") donné au Forum Léo Ferré à
Ivry-sur-Seine. C'était le samedi 8 décembre 2001. Nous avons juste échangé
quelques mots amicaux. Puis j'ai rejoint la petite troupe d'ami(e)s que j'avais
emmené avec moi pour voir ce concert en agréable compagnie. Si j'avais su...
C'est lors de l'annonce de la soirée organisée en son hommage à la Maroquinerie
que j'appris sa mort récente. Et encore, je n'ai pas compris tout de suite.
J'ai d'abord pensé que Gabriel honorait d'une soirée spéciale son batteur et
ami. Il me fallut vite me rendre à l'épouvantable évidence.
Ce fut un choc terrible. J'ai bien sûr pensé à la tristesse que devait éprouver
la famille de Jean-pierre et à la peine devait endurer Gabriel. Mais j'étais en
moi-même désorienté. Comment un musicien aussi bourré de talents pouvait-il
mourir si subitement, avant même d'avoir donné à entendre toute l'étendue de
son inspiration ? C'était terriblement injuste. Mais là où j'ai vraiment touché
du doigt le vide qu'avait laissé sa disparition fut l'instant de ma rencontre
avec Jim Cuomo lors cette soirée-hommage. Les mots ne peuvent décrire ce
qu'exprimait son visage.
Pourtant, malgré la désolation de tous ceux et toutes celles qui participèrent
ou assistèrent à cette soirée, je crois que tout le monde fit son possible pour
cela fut une belle nuit de musique et de souvenir, pas un gouffre de larmes.
Pour ne pas
terminer ces évocations sur une note trop chagrine, laissez-moi vous conter un
extrait d'une petite conversation à bâtons rompus entre Gabriel Yacoub et un
groupe de spectateurs venus discuter avec lui à la fin d'un concert-débat à la
Fnac du Forum des Halles, il y a de ça quelques années.
Les questions fusent ainsi que les réponses jusqu'au moment où un jeune homme
pose une question "fatale" à Gabriel :
- Vous n'êtes pas connu ! En tout cas, je n'avais jamais entendu parler de vous
avant. N'enviez-vous pas la célébrité d'un Jean-Jacques Goldman ?
Je m'attends à ce que Gabriel prenne un air contrit et pincé.
Pas du tout !
Il répond juste, et le plus simplement du monde :
- Goldman ? Mais je le connais bien ! On mange souvent ensemble...
Depuis, je ruminais cette étonnante répartie. Elle m'amusait quelque part
beaucoup, mais je ne savais trop quoi en penser.
Jusqu'au jour où en lisant plus attentivement que ma déplorable habitude le
site de Gabriel, je suis tombé en arrêt sur l'indication suivante et concernant
"Autour de la guitare", paru chez Polydor :
"On peut y entendre "un grand frère", par gildas arzel, choeurs
par gabriel & jean-jacques goldman".
© Frédéric Gerchambeau
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Pour m'écrire : Frédéric
Gerchambeau
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